Article: “Si j’en ai pas envie, je ne vais quand même pas me forcer!”

« Si j’en ai pas envie, je ne vais quand même pas me forcer ! » s’exclament celles et ceux qui se disent en manque de désir sexuel pour leur conjoint.

Dramatique.

A l’ère Metoo, c’est la confusion générale entre consentement et envie sexuelle. Et pourtant, ça n’a rien à voir ! Qu’on se le dise : on peut consentir à faire l’amour même si on n’en ressent pas l’envie (« l’appétit vient en mangeant ») et on peut avoir de l’envie quand bien même on ne serait pas consentant…

J’entends dire : « Elle était consentante parce qu’elle était excitée sexuellement » alors qu’elle était alcoolisée et donc dans l’incapacité de poser son consentement ! Et aussi, « Je devais être consentant puisque j’ai ressenti du plaisir » quand bien même il était sous emprise dans une relation abusive.

Le consentement, ça se passe dans la tête : suis-je d’accord d’avoir ce type de relation avec cette personne ? L’envie sexuelle, ça se passe dans le corps : est-ce que je ressens de l’excitation sexuelle là, maintenant, tout de suite?

Pour faire l’amour, on pense à tort que les deux partenaires devraient ressentir l’envie au même moment. Autant vous dire qu’après la période estudiantine sans horaires ni contraintes ni responsabilité ou après les quelques premières semaines romantiques d’une nouvelle histoire, il ne se passera quasi plus rien sexuellement dans les couples. La routine, le travail, la grossesse, l’allaitement, les enfants, la maladie, le chômage, la dépression, les soucis d’argent, la ménopause, les tentatives ratées ou prescrites par le médecin pour avoir un enfant, les deuils, les tensions dans le couple sont autant de périodes où la libido est en baisse chez l’un ou chez l’autre, parfois chez les deux en même temps. Alors, le couple arrête de partager une intimité.

Plus l’eau coule sous les ponts, plus la reprise apparaît comme une montagne infranchissable. On en déduit souvent que l’absence d’envie est une absence de désir, et l’absence de désir, une absence d’amour.

Mais de quoi exactement n’a-t‐on pas ou plus envie ? Elle est peut-être là, l’incompréhension. Est-ce un rejet de l’autre ? Très rarement. Est-ce un rejet ou un manque d’intérêt pour la sexualité telle qu’elle est vécue entre eux ? Très souvent.

Balancer un « J’ai pas envie » à son conjoint en lui tournant le dos, c’est franchement puérile et (très) blessant. Devenir adulte en amour et dans sa vie sexuelle, c’est être capable d’exprimer à l’autre ce que l’on désir vivre, être force de propositions, mener la danse.

Ce sont les femmes qui cristallisent classiquement l’absence de désir, mais pas toujours. C’est important de le redire, la sexualité masculine est complexe et très psychologique aussi… Fausse croyance encore que de dire que les femmes auraient moins de désir sexuel que les hommes qui eux, en auraient toujours envie !

Lire la suite dans Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ?, Albin Michel, 2020.

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