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Chronique: L’obsession de la réussite: tue-l’amour?

20 décembre 2012
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Pour entrer dans la jungle new yorkaise, il faudrait être au top. Pour y rester, il faut être compétitif, efficace et performant. Ne surtout pas montrer ses failles, masquer ses échecs et ne pas s’accorder d’être « down ». La communauté française de New York cultive donc ces valeurs d’excellence et de réussite. Inculquées par leur famille, dans leur grande école et sollicitées par leur entreprise, elles sont bien ancrées en eux. Mais lorsqu’au lit la même méthode est appliquée, on assiste à un sacré fiasco ! Des troubles sexuels en sont la marque. Explication d’une souffrance certainement plus courante par ici.

Une fois encore, il se retrouve au bord du lit. Incapable de s’endormir, il rumine la même question : « pourquoi je n’y arrive pas ? ». Elle fait mine de ne pas être vexée et dit : « c’est pas grave tu sais ». Au fond, elle se demande « qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on en arrive là ?». C’est l’incompréhension qui les envahit d’abord, le sentiment d’échec qui les domine ensuite. Il me confie « je ne suis pas capable d’offrir à l’autre le plaisir que je lui dois ». Voyez comme le plaisir est devenu un devoir et la jouissance, la mesure de la réussite. Un tel objectif induit inexorablement des inquiétudes. « Suis-je assez belle », entendez excitante ? « Serais-je à la hauteur » – entendez durerais-je assez longtemps ? Derrière un souci affiché de se préoccuper du plaisir de l’autre, ils sont chacun obsédés par leur propre personne. Se croyant jugé sur ses performances, chacun s’observe soi-même au lieu d’être à l’écoute de l’autre et s’applique à bien faire ce qu’il pense devoir faire…Autant d’attitudes qui ont un impact directement négatif sur l’union sexuelle. Et une fois l’échec vécu, la confiance en soi diminue, le sentiment d’insécurité, d’être abandonné, surgit et la peur de récidiver revient, amplifiant le stress cause du problème. Enfermé dans cet infernal cercle vicieux, trois options s’ouvrent à eux pour essayer de s’en libérer. Mais serviront-elles leur amour ?

Une première issue : l’abandon progressif des unions sexuelles. Chacun anticipe la déception et use de différentes stratégies pour fuir ce moment. Les uns se donnent à corps perdu dans leur travail, les autres à leurs enfants ou dans des activités en tout genre. Les moindres maux de tête ou fatigue passagère deviennent le prétexte idéal pour remettre à plus tard l’invitation à se retrouver. Et moins ils s’unissent, plus l’acte sexuel devient une montagne insurmontable qu’ils idolâtrent et contemplent avec effroi. Comment ne pas alors se dégonfler ? Les personnes perfectionnistes tombent presque systématiquement dans cette impasse ne supportant pas les défauts, l’imperfection et les ratés qui font inévitablement partie de la sexualité et des relations humaines. « Rassurez-vous ! C’est normal ! ». Ce sont des premières paroles qui libèrent d’un poids introduit par le sentiment d’échec. Revenir sur le fonctionnement du désir et du plaisir, réintroduire la sexualité dans une dynamique relationnelle, sortir de la logique d’efficacité et apprendre à lâcher prise constituent mes principaux échanges avec ceux pour qui dédramatiser, c’est soulager.

Une deuxième issue : l’isolement. La peur de l’échec et de son lot de disputes interminables, frustrations, honte et culpabilité, conduit aussi au rejet de l’autre. « Après tout, on est jamais mieux servi que par soi-même ! ». En terme de plaisir immédiat et efficace, ça ne semble pas tout à fait faux. Chacun, à sa manière, s’engouffre dans cette brèche y trouvant une certaine consolation, un palliatif à l’insatisfaction. Le calme dans le couple semble revenir, les attentes disparaissant progressivement. Mais en réalité, ils s’enferment dans une logique où le plaisir est recherché pour lui-même et le sexe se réduit à une pulsion à satisfaire. Comment dès lors se reconnecter ? Justement, en se retrouvant de manière désintéressée ! Comment faire ? En s’accordant des moments de « pause ». En caressant le corps de l’autre excepté ses zones érogènes, l’objectif n’est plus la recherche du plaisir sexuel mais la découverte d’un plaisir sensuel. Il n’y a pas de performance à atteindre, de désir à satisfaire. Il y a simplement à être présent à ce que l’on ressent.

Une troisième issue : l’infidélité pour se tester. L’objectif avoué et parfois même proposé ou approuvé par le conjoint c’est de s’essayer dans d’autres conditions. L’expérimentation permettra de savoir si oui ou non le « blocage » vient de soi ou de l’autre. L’idée est séduisante, elle sera très certainement concluante. La raison est simple. Le changement d’environnement et de rôle casse le cercle vicieux dans lequel le couple s’est installé, dégage l’angoisse de ne pas y arriver et révèle de nouvelles potentialités. Enfin… dans un premier temps. Quoiqu’il en soit, l’infidélité en elle-même blesse considérablement celui qui avait reçu la promesse d’être l’unique, plus encore dans cette situation d’insatisfaction et de culpabilité. Pourquoi donc ne jouer ensemble à se redécouvrir autrement? Changer le lieu, l’heure, la manière de séduire et de faire l’amour permet de sortir des habitudes associées à l’échec et la déception.

Pour « débloquer » le corps, mon travail consiste principalement à corriger les croyances et les connaissances sur le fonctionnement de la sexualité. Il va donc falloir désapprendre à se comporter comme un « bon élève », sortir de la logique « réussite-échec » pour entrer dans un « lâcher prise » et penser échange plutôt que performance. Un défi parfois inquiétant mais efficace et ô combien bienfaisant !

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