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Réaction: docteur, je ne suis pas malade, je suis une femme!

2 novembre 2013
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Il en fallait 7. Mortes, évidement.

Cancer du sein, tumeurs du foie, infection vaginale, modification de la libido, vomissement, acné, éruptions cutanées, démangeaisons sévères, variation du poids, troubles menstruels, saignements entre les règles, douleur mammaire, céphalées, asthme, écoulement des seins, humeur dépressive, migraine, nausées, pertes vaginales blanchâtres et épaisses ou encore la perte de l’audition (1), ça ne compte pas, vous pensez bien! Non, on commence seulement à parler des dangers de certaines pilules contraceptives lorsqu’il y a thrombose veineuse, thrombose artérielle ou du cerveau. Encore faut-il que des femmes y aient perdu la vie. Et qu’elles soient françaises, précision importante. Les décès et mises en garde des autres pays n’ont pas d’effet direct. Ah bon, vous ne le savez pas? Les femmes sont biologiquement différentes dans les autres pays. Moi aussi, je pensais que la théorie des races était révolue. Apparemment j’ai fait erreur. Et puis, qu’on soit bien clair, pour éviter la panique générale on distingue bien les différentes pilules fondées pourtant sur le même principe. C’est une question de dosage nous dit-on, sauf que le cobaye, ce sont des personnes humaines. Enfin, je veux dire des femmes. Celles-la même qui ont pour principale maladie le fait de pouvoir devenir mère.

Tout le monde s’étonne et découvre avec effroi l’ampleur du phénomène. Il n’est pourtant pas nouveau. Pourquoi se réveiller maintenant? Depuis les premiers essais, des femmes sont mortes (2). Oh, j’en connais qui me diront qu’il faut que certaines se sacrifient pour faire avancer la science. Sauf que les sacrifiées, ce sont des femmes. Pas des hommes. La pilule pour les hommes existe pourtant et est tout aussi efficace. Ils ont été écartés des premiers testes quand l’un des volontaires vit la taille de ses testicules diminuer. J’ai besoin de comprendre… Comment est-il possible que la diminution de la taille des testicules d’un homme soit prise plus au sérieux que la mort inexpliquée de trois femmes qui participaient aux expériences initiales sur la pilule? Ah oui, elles étaient porto-ricaines. Cela compte certainement moins, c’est ça?

En ce qui concerne les tests de la pilule contraceptive, les chercheurs ont fait clairement une différence entre les problèmes observés sur le corps des hommes et sur celui des femmes. D’un côté un lien a été clairement observé, de l’autre, non. La dimension symbolique de la « contraception pour homme » semble en être la cause. Les hommes n’étant pas prêts à voir diminuer ce qu’ils considèrent comme le symbole de leur virilité: leur testicule, leur force, leur libido. La valeur positive attribuée à la « virilité » n’a pas son pareil pour la « féminité ». Pour l’homme, l’ interruption de sa fertilité est une atteinte à sa virilité. Pour la femme, l’interruption de sa fertilité est une liberté. Le féminisme qui a acclamé la pilule contraceptive est en réalité un mouvement qui rejette ce que l’on attribue à la féminité au profit de l’idéal masculin, modèle d’humanité.

Et pour cause, le corps féminin est perçu comme intrinsèquement pathologique. Personne ne s’étonne des douleurs et des maladies dont certaines femmes souffrent à la suite de la prise de contraception. Il est communément accepté que les femmes souffrent. La douleur, les maladies, la mort ne surprennent pas. Elles ont la réputation de se plaindre sans arrêt, d’être douillettes et pas courageuses. On dit que chez elles, c’est généralement psychosomatique. Chez les hommes, la moindre petite plainte est, si je puis dire « organisisée ». Rarement le versant psychologique est évoqué. Peut-on imaginer le même traitement médical et médiatique si des hommes sous pilule avaient fait l’expérience ne fusse que des mêmes désagréments? Je n’ose pas imaginer si l’un d’eux était mort!

Quand on revient à l’étymologie du mot valeur, valor, de valere qui signifie « être bien portant » on comprend qu’à partir du moment où le corps féminin est considéré comme un corps malade, il n’y a qu’un pas pour ne lui accorder aucune « valeur » dans le sens d’être digne d’estime. Ne correspondant pas à l’idéal masculin, ni aux normes de santé qui en découlent, les femmes se voient retirer la qualité de ce qui mérite le respect. Sans valeur, le corps féminin est maltraité par la médecine moderne qui pourtant et paradoxalement lui porte une immense attention et se prétend aider les femmes à contrôler leur fécondité. Le corps masculin, lui, a une valeur si importante qu’aucun homme n’accepterait de tels traitements.

Cette partie obscure de l’histoire de la contraception, ces femmes mortes pour que la fécondité puisse être maîtrisée, est consciemment oubliée au nom de l’efficacité technique de ce qui a été considéré comme l’un des plus importants progrès scientifiques du XXème siècle. La médecine moderne proclame ainsi ce à quoi elle attribue la plus grande valeur : l’efficacité de la technique qu’elle met au point. Comment peut-elle alors encore prétendre être au service de l’Homme à partir du moment où sa préoccupation principale est ailleurs ? Nous sommes aujourd’hui à un point critique avec la médiatisation de plusieurs affaires comme celle du Médiator par exemple.

Espérons que ces femmes ne soient pas mortes pour rien. Que leurs proches puissent trouver un sens à cette mort injuste, celui de replacer la personne humaine au coeur de la médecine.

1. Notice JASMINE® (France) JASMIN® (Belgique et tous les autres pays de l’UE) 24 septembre 2007.

2. Le Dr Rock et le Dr Gregory Pincus firent tester la première pilule combinée dans les années 1950, sur un groupe de volontaires d’Harvard et sur quelques malades mentaux chroniques. Les hommes et les femmes prirent parallèlement un premier type d’Enovid (10mg), lequel arrêta avec succès l’ovulation chez les femmes et, momentanément, la production de sperme chez l’homme. On écarta rapidement les hommes de ces essais, quand l’un d’eux présenta des testicules ratatinés, preuve visible que quelque chose allait mal. La « pilule pour homme » semble avoir piétiné devant cet obstacle. Mais plus tard, même la mort inexpliquée de trois femmes de Porto Rico qui participaient aux essais sur la pilule n’entrava pas sérieusement le progrès.

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2 Commentaires

  • Reply univerzoro 1 février 2013 at 13 h 36 min

    une fois de plus, l’humain , le commun des mortels, dans ce cas précis les femmes, sont pris en otage d’une guerre économique. un médicament vieillit, un labo en créé de nouveau, puis on monte en épingle un constat qui touche malheureusement une quantité de médicament. l’objectif : éliminer un concurrent, otages : les femmes et dans d’autres cas les femmes et les hommes. l’enjeu ? simple : l’argent, le fric, money !
    étrange qu’une pilule de n’ième génération sorte alors qu’on n’essaye d’en couler une plus ancienne … ? un moyen de contraception efficace ? le préservatif ou des anneaux pour les femmes.

    les victimes ? des victimes d’une guerre qui n’a pas de nom mais qui pourtant est réelle et bien présente …

  • Reply Les risques réels (et cachés) de la pilule « Théologie du corps .com 20 novembre 2013 at 13 h 10 min

    […] Réaction de la sexologue Thérèse Hargot : « Docteur, je ne suis pas malade, je suis une femme » […]

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