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Question: la sensualité comme remède à la pornographie

26 octobre 2013
François Jacob

« Comment sortir de l’instrumentalisation de l’autre ? Je ne pense pas que beaucoup d’hommes soient réellement conscients de la douleur et l’humiliation causées, surtout quand on est face à la personne aimée le plus au monde! La relation conjugale est pourtant sensée être celle de l’affection, de l’écoute et du respect. La pornographie a déformé la vision de l’intimité, elle sème la zizanie entre nous. Plus assez de piquant, on a déjà tout eu. Comment sortir le couple de l’image que la pornographie laisse dans nos esprits? »

Question reçue à la suite de la chronique: « Mon homme est Sex-addict »

La pornographie laisse dans les esprits principalement trois choses, effets opposés de l’érotisme:

  1. Une vision morcelée du corps . Ce n’est pas un corps, ce sont des morceaux de corps qui sont le sujet de l’image. Les gros plans sur les sexes réduisent l’acte sexuel à son aspect génital.
  2. Regarder c’est faire. La pornographie répond à la pulsion sexuelle sans la sublimer. Elle englouti le désir, ne laisse aucune place à l’attente. Elle se consomme, elle n’invite pas à la relation.
  3. La subjectivité est évacuée. L’autre n’est plus une personne, elle est un « trou », un objet, un moyen de la jouissance. La maximisation du plaisir physique est recherchée pour soi, le plaisir réduit à sa dimension organique.

Face à ces images, 3 conseils pour les évacuer et permettre une relation sexuelle « inter-subjective »:

    1. Faire une pause. S’accorder une période d’abstinence sexuelle est essentiel pour casser le cercle vicieux qui s’est installé dans le couple. C’est impérativement ensemble et verbalement qu’il faut définir le temps à s’accorder pour se retrouver autrement. Si la décision est prise unilatéralement et implicitement, cette période d’abstinence ne permettra pas d’obtenir l’effet escompté. L’objectif est de souffler, lâcher la pression, sortir d’une logique du devoir pour se regarder face à face de manière désintéressée.
    2. Toucher le corps de l’autre, se laisser toucher par l’autre. Pas la zone génitale ni même les autres zones érogènes connues que sont les seins ou les fesses… non, l’objectif n’est pas de vivre des préliminaires en vue d’un acte sexuel! Découvrez plutôt toutes les autres parties du corps oubliées quand la sexualité est réduite à une excitation génitale. Je parle des pieds, des oreilles, des mains, du dos, des jambes, du visage, des cheveux, etc. Pendant 10 minutes (montre en main!), chacun à son tour promène ses mains sur le corps de l’autre pour y sentir sa chaleur, la texture de sa peau, glisser sur ses courbes. Embrasser ces lieux oubliés. Se bander les yeux est le meilleur moyen pour se connecter à ses sensations ou se laisser toucher sans vouloir contrôler. Je précise encore qu’il ne s’agit pas d’un massage à proprement parlé où la détente est recherchée. L’objectif est d’introduire de la sensualité, découvrir le plaisir que peut procurer toutes les zones de notre corps et reprendre contact avec la réalité quand la pornographie enferme dans un monde virtuel.
    3. Partager son vécu. A la fin de ce temps de caresses légères hors des zones érogènes habituelles, chacun partage à l’autre ce qu’il a aimé ou moins aimé: « As-tu trouvé ce moment agréable? Quelles parties de ton corps étaient les plus sensibles? Aimes-tu avoir les yeux bandés? As-tu aimé me caresser et embrasser mon corps? A quoi pensais-tu? » L’objectif est d’apprendre à dialoguer dans le respect. Pour cela, il faut d’abord s’écouter, exprimer son ressenti puis écouter l’autre. En parlant de son vécu en « je », chacun récupère un statut de personne humaine au lieu d’être réduit à une chose, un sexe.

Cette expérience, surtout si elle est renouvelée régulièrement éveille immanquablement le désir, enrichi de manière considérable l’union sexuelle et augmente énormément le plaisir.

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3 Commentaires

  • Reply hb-35 8 avril 2013 at 14 h 27 min

    Le début de l’article me fait penser à « La pornographie ou l’épuisement du désir », de Michela Marzano… je me trompe ?

  • Reply Phénomène: quand la théologie du corps provoque les mêmes effets que la pornographie sur la sexualité | Chroniques philosophiques d'une sexologue 7 novembre 2013 at 12 h 10 min

    […] de la théologie du corps peut avoir les mêmes effets désastreux que la pornographie sur la sexualité. C’est une vision partielle et idéalisée de la sexualité qui suscite des […]

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