adolescent, éducation, Lecture, Médias

Publication: Les libres antennes de vos ados…

8 mai 2014
20140505-234115

 

« Hé, madame ! J’ai lu sur Internet que vous avez fait de la radio? » me lance un de mes élèves à peine suis-je entrée dans la classe. Je n’y crois pas! Du haut de ses quinze ans, il m’a « googlisé » à la suite de mon premier cours. « Vous étiez sur Skyrock? » s’éveille le garçon du dernier rang, à gauche. « Ah mais madame, il faut aller sur NRJ, c’est mieux parce que Difool c’est… gore! » reprend celui du milieu avant même que je puisse répondre. Tout le monde rigole. Gore, c’est effectivement peu dire.

Ca tombe plutôt bien, les journalistes Louis Daufresne et Bruno Jauffret viennent de me commander pour leur mook La Boussole un article sur l’influence des libres antennes sur les jeunes! J’en ai profité pour les faire parler et pour m’interroger, plus de 10 années après mes premiers pas en radio…  Une nouvelle raison de vous recommander la lecture de ce livre aux allures de magazine qui traite du thème de l’autorité.

Ci-dessous, deux extraits.

Tiens, à la rentrée ils ont mis une femme aux commandes de la libre antenne de Virgin Radio. Jusqu’ici, les femmes ont toujours eu le second rôle dans ce genre d’émission : celui de faire la potiche, d’appeler les hommes pour tester leur fidélité, de dire « oh non, arrêtez de dire ça les gars » lorsque les blagues dépassent les limites tout en riant aux éclats, bref de jouer à la grande sœur ou à la pute en fonction du besoin. Alors comment se débrouille Enora Malagré? Je me branche. « Thomas as-tu déjà baisé ?», se sont les premiers mots que j’entends. « Ben… En fait, je vous appelle parce que je suis à fond sur mon meilleur ami, j’ai trop envie de lui, de faire des trucs avec lui » reprend Thomas au téléphone.  Elle : « Et est-ce qu’il est gay, chéri ? ». Lui : « Non, il est hétéro et moi aussi ! ». Un co-animateur : « t’as quasi aucune chance, moi j’te dis, parce que perso j’voudrais pas me faire « cessu » par mon pote !». Elle : « bon, vous avez 17 ans tous les deux, tout est encore possible ». Elle, toujours : « Est-ce que tu veux que devant des milliers d’auditeurs je m’occupe du doss’ ? Moi je peux l’appeler. On est une famille, t’es mon frère. » Thomas : « Franchement, ouais ».  Le téléphone sonne, ils tombent sur le répondeur. Enora reprend : « Ecoute, tu vas aller le voir et tu vas lui dire ceci : ça va te mettre mal à l’aise ce que je vais te dire mais moi si je ne le fais pas, je ne serai pas honnête avec toi. Voilà, j’ai des sentiments pour toi ! De toutes les façons, tu n’as plus rien à perdre. Au moins, toi tu auras été honnête. Laisse-lui du temps pour revenir vers toi et il te déclarera peut-être sa flamme. Ok mon Chat ? ». Jingle et la musique reprend. Thomas, son désir homosexuel et sa tentative ratée : l’affaire est pliée, merci Enora Malagré.

(…)

A ceux qui douteraient de l’influence de cette culture aux propos sexistes et agressifs véhiculés au travers de ces émissions, entre autre, venez constater les dégâts dans les écoles et les lieux de vies de vos adolescents. Je n’ai pas à la démontrer, elle est indéniable. Les médias actuels s’introduisent dans la chambre à coucher, plus précisément dans le lit de vos enfants et partout ailleurs grâce aux téléphones portables. Autrement dit, ils s’invitent exactement là où les parents se retirent au nom du respecte de l’intimité de leur progéniture.Dans cette configuration, il n’y a plus aucune distance, aucun intermédiaire. Mais cette dite « intimité » chère aux parents d’aujourd’hui  – et qui en ont peut-être parfois manqué à l’époque – est prise d’assaut par d’autres adultes aux but mercantiles. Votre enfant n’est donc pas seul ou avec ses pairs. Il se connecte avec un monde dirigé par vos paires, à vous, parents ! Il n’y a donc aucun tabou à parler de ces émissions avec son enfant, le mettre en garde contre certains propos et de comprendre ses motivations qui le poussent à s’y brancher. Les parents sont parfaitement légitimes pour exercer leur autorité dans ce domaine comme il le ferait face au  choix d’un film au cinéma ou à la télévision. Les émissions radios ne doivent pas échapper aux règles familiales et à la parole des parents. Cette parole permet de protéger  ses enfants en renforçant leur conscience, leur jugement critique et la distinction entre le monde du spectacle et la réalité tout étant surjoué sous des apparences de sincérité.

(…)

Soudainement, la mémoire me revient. Mais oui, c’est en écoutant ces émissions étant adolescente que j’ai décidé de m’engager sur ce terrain ! Puisque l’on me pose toujours la question, je saurai rendre à César ce qui est à César au risque d’avouer que ces émissions ont eu le mérite de susciter des vocations !

20140505-235148.jpg20140505-235127.jpg

Vous pourriez aimer également

1 commentaire

  • Reply Thonas 9 mai 2014 at 1 h 25 min

    Ayant grandit a l’adolescence en ecoutant Doc et Difool sur Fun Radio et n’ayant d’autres sources d’informations, je ne peux que confirmer l’effet devastateur de ces commentaires « trash » et bien loin de la realite. Au final, ils contriuent grandement a la pornographisation de toutes relations hommes / femmes. J’en paye encore les consequences 20 ans apres…

  • Répondre

    Newsletter