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Opinion: le mariage est aveugle, l’amour lui rend la vue.

4 novembre 2013
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« On s’est tous fait avoir, le mariage est une immense supercherie! » me disait ce jeune homme marié depuis plusieurs années. En anglais on dit deception pour supercherie. Et c’est bien de cela dont il s’agit: le mariage déçoit. Qui ? Les gens se désirant intensément, ceux qui se sont mariés par amour-fou.

Ça va, je sais, ce n’est pas une révélation! Nos aînés soixante-huitards l’avaient déjà hurlé et par rébellion, on les a envoyé balader! Ils ont voulu briser le mariage et paradoxalement, on y a placé toutes nos espérances, nous la génération des enfants de parents divorcés. Nous, la génération Y, qui sommes nés après la « libération sexuelle ». Celle-là même qui proclame l’amour comme valeur absolue. Non, pas l’amour. Le désir, plus exactement. C’est ça, oui: c’est le désir notre norme éthique.

Au premier abord, le mariage semble répondre aux aspirations profondes des amoureux. En réalité, il se transforme en machine de guerre qui broie, mutile et désintègre l’attirance entre deux êtres. Dans mon cabinet et dans mon entourage, je le vois de mes yeux cet amour profond qui les lie. Mais ils cherchent ailleurs, en quête d’un nouveau regard pour se sentir exister. Il a une femme superbe mais il ne regarde que les autres; elle se fait belle au travail, se laisse aller chez elle… La situation est dramatiquement ridicule: comment en sont-ils arrivés là?

On dit « l’amour est aveugle, le mariage lui rend la vue ». C’est totalement faux! Le mariage est aveugle, l’amour lui rend la vue.

Ici, mes lecteurs s’inquiètent: qu’est-il arrivé à notre héraut du mariage? Qu’ils se rassurent, mon billet finira bien quoique je reste encore sceptique, pour être honnête avec vous.

Je reprends: pourquoi le mariage tue-t-il le désir? La réponse est simple: l’état du mariage annule par lui-même le fonctionnement du désir. L’exploration mériterait un livre, je m’arrêterai seulement à trois éléments.

  1. Le désir naît dans le regard. Or, les mariés s’engagent à rester au côté de l’autre. Cette proximité de corps et d’esprit ne laisse pas le champ nécessaire pour voir la personne aimée. Trop proche ou trop présente, elle disparaît aux yeux de l’autre. Pour y remédier, les membres du couple doivent régulièrement prendre distance. Physiquement, je veux dire aussi. Cette mise à distance offre l’occasion de regarder la personne, de la contempler.
  2. Le désir est mimétique. Autrement dit, je désire ce que les autres désirent. Par exemple, un homme accompagné est plus désirable qu’un homme seul. Une femme ou un homme marié peut donc observer une augmentation de son pouvoir d’attraction. Mais officiellement, les mariés se retirent du monde de la séduction et ne cherchent pas des propositions directes au nom de la promesse de fidélité qui les lie. Les voilà donc acculé à un jeu subtil qui consiste à provoquer le désir de son époux ou de son épouse en se mettant sous les projecteurs de quelqu’un d’autre… Pour faire simple, l’admiration des autres et ce, dans différents domaines (artistique, professionnel, etc.), est à rechercher pour provoquer celle de l’être aimé.
  3. Le désir se crée dans le manque. Dès que la chose est possédée, elle n’est plus désirée. Or, le mariage donne l’impression de posséder l’autre. Dans le mariage civil, il est demandé : « voulez-vous prendre pour époux » et la réponse est « oui ». Dans le mariage religieux, on parle de « don »: « je me donne à toi et je te reçois ». La cérémonie annule donc le désir car elle donne l’assurance que l’autre est à soi. Il va donc falloir défier cette tentative de possession en se refusant, en résistant, en s’affirmant comme personne libre et non esclave consentant de l’autre. C’est lorsqu’il lui échappe que le désir surgit, furieusement. A la question pourquoi les hommes sont-ils infidèles, un homme me répondit: « pour le challenge! Quand on est marié, il disparaît ». Ceci est valable aussi pour les femmes.

D’où mon intérêt pour la régulation naturelle des naissances, pardonnez cette transition triviale. Dans cette manière de gérer sa fertilité, le couple vit des moments de mise à distance lors des périodes d’abstinences sexuelles, invite à l’émerveillement devant la connaissance de son corps et sa maîtrise, casse la tentative de possession en refusant la disponibilité permanente de son corps, etc.

D’où aussi mon intérêt pour le monde des images érotiques qui permettent de sortir du contexte castrateur du mariage, de s’évader ensemble et s’inventer des situations qui éveillent le désir.

Soyons honnête, le challenge est terriblement difficile à relever. Pour se détendre, il me semble important d’apprendre à désinvestir le mariage de la charge de combler toutes nos attentes. Il faut savoir dédramatiser les périodes de « désert »et les envies d’ailleurs pour être capable de ne pas y succomber.

Pour poursuivre la réflexion, je vous invite à regarder l’excellent film Mariages!

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