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Billet d’humeur: mariage pour tous et gueule de bois

25 octobre 2013

Dans mes dîners new yorkais du week-end, on parle aussi du mariage pour tous qui a été voté au parlement cette semaine en France. C’est chic d’être pour, évidement puisqu’ils s’aiment! Et comme l’amour est devenu le critère du bien, le désamour violent des français autour du passage en force de la loi passe mal. A mesure que les bouteilles se vident, chacun exprime sa révolte devant les images et les récits que les médias ont bien voulu montrer aux français de l’étranger…

Une vérité qu’on martèle aux fiancés se confirme au travers de ces débats, le mariage ne règle pas les véritables problèmes. Une fois l’euphorie retombée, il faut s’attendre à se les prendre en pleine face. Il va falloir à l’Etat de fameux « conseillers conjugaux » pour se dépêtrer avec la complexité des situations qu’il tente d’ignorer! Bref, « L’amour est aveugle, le mariage lui rend la vue ». Les prochains débats sur la PMA et la GPA où les droits de l’enfant (et non plus, à l’enfant) qui devront nécessairement être évoqués s’annoncent sportifs même s’ils semblent de toute évidence gagnés.

Hier, au réveil d’une soirée bien arrosée, je m’étonne que homme et enfants soient encore endormis. Fait rarissime, je savoure avec un plaisir immense le silence. Une envie soudaine de lire me tire du lit. Je choisi les « Dialogue sur l’amour » de Plutarque qui traîne esseulé dans ma bibliothèque depuis tant d’année. Comme c’est bon de se nourrir soi-même intellectuellement au lieu de commencer sa journée par le trio quotidien biberon-Cheerios-lunch box! Mais le bonheur est de courte durée. Trois pages plus loin, j’entend un délicieux: « Bonjour Maman ».

En trois pages, j’ai tout de même eu l’occasion de me rappeler à quel point l’amour des garçons est présent dans les écrits de l’Antiquité Grecque. A force de crier à la victoire historique depuis mardi dernier, on en aurait presque oublié que non seulement l’homosexualité a toujours existé sous différentes formes mais qu’en fonction, elle n’a pas toujours été décriée. Ce qui est historique effectivement, c’est qu’elle est instituée au même titre que l’union entre deux personnes de sexe différent.

Mon amnésie m’évoque celle de mes amis qui, il y a dix années à peine, me riaient au nez quand je leur annonçais ces changements de société. Pourtant le principe est simple, pourquoi personne ne le remarque? Le mariage pour tous est avant tout une loi symbolique c’est-à-dire qu’elle se préoccupe moins d’encadrer des situations familiales particulières que de changer les mentalités par rapport à l’amour homosexuel. Et comme toutes les lois symboliques, elle apparaît au terme d’un processus qu’on peut aisément identifier.

Pourquoi fallait-il aller jusqu’au mariage et ne pas se satisfaire d’un pacte civil amélioré (ce qui aurait contredit ma théorie)? Parce qu’il y a quelques dizaines d’années de cela encore, l’homosexualité était considérée comme une maladie et sa pratique pénalisée. Ce n’est qu’en 1973 qu’elle est retirée des listes des maladies mentales! On sait que dans d’autres cultures ou à d’autres époques, elle n’est ou n’a été qu’une pratique sexuelle (servant de rite initiatique, par exemple), tantôt acceptée, tantôt considérée comme un « péché ».

L’origine du besoin de reconnaissance par l’accès au mariage se trouve dans la « pathologisation » d’un comportement sexuel. Autrement dit, d’avoir fait de l’homosexualité une maladie, stigmatisée et stigmatisante de surcroît. Ceux qu’on a traité de « malades », « dégénérés », « monstres » étaient en réalité, un frère, une soeur, un oncle, une amie, un fils, une collègue, des personnes aimées et profondément aimables donc. Pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus, un travail de sensibilisation a été opéré ces dernières années par les médias. Films, séries, publicités, livres, clips, tous les supports de l’audiovisuel on été mis à contribution pour nous forcer (inconsciemment bien sûr) à porter un autre regard sur l’homosexualité. Heureusement d’ailleurs, la stigmatisation était insupportable pour chacun. Car oui, même pour le bon père de famille nombreuse par exemple, ses fantasmes homosexuels pouvaient lui causer une culpabilité puissante et extrêmement néfaste! La peur « d’être homosexuel » ou que son enfant le soit hantait les familles, enrichissant du même coup les cabinets des « psy »!

Comme François Hollande l’a souligné: le peuple français est prêt. Ce qui sous entend bien le travail de fond sur l’opinion publique qui a été insidieusement mené pendant plusieurs années. J’ai bien noté les sondages montrant que l’opinion publique a changé de camp ces derniers mois, preuve qu’on peut vite changer d’avis sur ces sujets! La dernière étape pour réparer le mal était de légiférer positivement sur l’homosexualité (en leur ouvrant des droits puisqu’ils en avaient été privés).

Ma question en tant que sexologue est aujourd’hui celle-ci: l’accès au mariage pour les couples de même sexe va-t-elle efficacement supprimer les souffrances des personnes homosexuelles? J’espère sincèrement que l’homophobie et les suicides vont drastiquement diminuer. C’est l’objectif affiché, ne l’oublions pas. Mais le mal être de certaines personnes homosexuelles ne se résume pas uniquement au simple regard des autres sur leurs choix amoureux et sexuels. Ce serait simpliste de le penser et de mettre tout le monde dans le même sac!

Je me permets de poser la question au contact quotidien de femmes qui ont eu recours à l’avortement et qui me partagent une souffrance profonde depuis cet événement. Il fallait faire quelque chose pour lutter contre la dangerosité des avortements clandestins et on avait pensé que la dépénalisation évacuerait la culpabilité. Etonnament, elle reste présente même chez des jeunes femmes pour qui l’avortement a toujours été un acquis. Morale de l’histoire, il ne suffit pas d’une loi qui dit « ce n’est pas mal » pour que ça ne fasse pas « mal »; de dire que « c’est un bien » pour que ça fasse réellement « du bien »; de dire « c’est permis » pour que tout le monde le fasse.

J’en reviens au couple de même sexe. Certes, il fallait faire quelque chose pour régler la situation de certaines familles, j’en suis convaincue. Mais je ne pense en aucun cas que le mariage tel qu’il a été présenté était la bonne solution pour résoudre les problèmes de filiation, d’imposition ou d’héritage. En se raccrochant au mariage, on assiste à une confusion grotesque qui montre l »inadéquation! Par exemple, est-ce que les couples de même sexe vont-ils devoir se jurer fidélité? Ne soyez pas naïf, ce n’est pas au nom de l’amour que l’état demande la fidélité dans le mariage civil mais pour au nom de la filiation: pour s’assurer que l’enfant de la femme est bien celui du mari! En Angleterre ils ont levé cette restriction pour les couples de même sexe. La France suivra t’elle l’exemple en faisant preuve du même coup (d’un peu) de cohérence?

Si chacun pouvait retirer une leçon de ce nouvel épisode de l’histoire de l’homosexualité, c’est qu’il faut arrêter de réduire la personne à ses actes et lui témoigner le respect dont elle a droit quelques soit la gravité que l’on y accorde.

Je pense à ceux qu’on nomme « sex addict » comme DSK, roué dans la boue, traité de cochon et avec lui toutes les personnes dont les pulsions sexuelles sont incontrôlables. Il ne mérite en aucun cas ce traitement. Je contemple lors de mes entretiens la beauté des personnes qui au-delà de leurs comportements compulsifs répréhensibles sont des êtres bons, aussi. Je pense à ceux qu’on nomme « pédophile », désignés par tous comme des « monstres ». Ces « monstres », c’est un père, un ami, un frère. Ces « monstres », ce sont des femmes aussi. Ces « monstres », ce sont des personnes qui sont aimés et aimables, ce sont des personnes qui contribuent par leur travail au bien de nos sociétés, aussi.

C’est ce jugement qui tue. C’est la diabolisation qui fait basculer d’un extrême à un autre. C’est la stigmatisation qui empêche de distinguer les actes des personnes.

Etes-vous choqués si je vous dis que la pédophilie pourrait être dépénalisée dans quelques années? Si on continue à réduire la personne à ses actes, si on la traite de « monstre » (alors que ce sont ses actes qui le sont), si on identifie la personne à sa sexualité (« il est pédophile » au lieu de dire « il a des pulsions pédophile ou « il pose des actes sexuels sur le corps d’enfants »), si on proclame l’amour comme valeur suprême pour régler la vie de la cité, si on pose le consentement comme mesure de l’acte éthique, ne soyez pas étonnés de voir un parti politique en Hollande qui défende déjà sa dépénalisation! Dois-je vous rappeler que la Hollande a été le premier pays à permettre le mariage au couple de même sexe? A ce train là de diabolisation en France, on y va à grands pas!

« Comment! Elle passe du mariage pour tous à la pédophilie, quel scandale! » Ne soyez pas bêtement choqués, vous risquez d’en avoir honte dans quelques années. Essayez plutôt de reconnaître que votre opinion sur ces sujets n’est pas personnelle mais le résultat d’une culture et d’une éducation et qu’en ce sens, elle pourrait changer. Je vais jusqu’à ce point pour vous dévoiler un système de pensée qui, à mon sens, ne respecte pas la personne humaine.

Parce que c’est le respect que je proclame, ni le mépris ni la tolérance.

Les extrêmes se ressemblent.

T.

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